Le film

Comment de véritables tableaux se retrouvent dans les films – et ce que cela signifie pour une œuvre

Comment et pourquoi de véritables œuvres d'art apparaissent-elles au cinéma ? Le processus de travail du département artistique, raconté en partie à travers le témoignage direct d'Adé Bernard, qui a travaillé sur *La Vie d'Adèle*.

La plupart des spectateurs ne remarquent jamais les tableaux dans un film, et c’est justement le but recherché. Une toile accrochée au mur d’un décor sert à rendre une pièce crédible, à en dire long sur la personne qui y vit, et ce, sans se faire remarquer. Lorsque l’œuvre est authentique et non un simple accessoire, l’effet est plus discret et plus fort, et il est intéressant de comprendre les raisons qui poussent un réalisateur à choisir un véritable tableau.

Cet article se penche sur les coulisses de l'art au cinéma: comment un véritable tableau passe d'un atelier à un plateau de tournage, qui s'en occupe, et pourquoi un réalisateur se donnerait cette peine. Une partie de cette histoire est racontée de première main, à travers deux tableaux d’Adé Bernard qui figurent dans *La Vie d’Adèle* d’Abdellatif Kechiche, film qui a remporté la Palme d’Or à Cannes en 2013.

Pourquoi un réalisateur choisit-il de tourner des scènes de travail réelles ?

Une peinture d'accessoire peut être réalisée selon n'importe quel cahier des charges, à moindre coût et rapidement ; le choix d'utiliser un véritable accessoire est donc mûrement réfléchi. Cela tient à plusieurs facteurs.

  • La vérité devant l'objectif. La peinture authentique capte la lumière différemment. Le fusain et les pigments possèdent une profondeur que la reproduction imprimée aplatit, et l'appareil photo saisit cette différence même lorsque le public ne parvient pas à la nommer.
  • Le personnage. L'art que possède ou crée un personnage est une forme de dialogue sans paroles. Un réalisateur qui souhaite construire une vie artistique crédible à l'écran recherche des œuvres qui pourraient de manière plausible appartenir à ce personnage.
  • Le respect du sujet. Lorsqu'un film traite de la peinture ou de peintres, le recours à des toiles fictives risque de paraître peu crédible aux yeux de quiconque s'y connaît dans ce domaine.

Le département artistique, étape par étape

Le parcours qui mène du studio au plateau passe par le département artistique, et il est plus structuré que ne l'imaginent la plupart des téléspectateurs.

Recherche et sélection

Un chef décorateur ou un décorateur de plateau détermine ce dont une scène a besoin, puis recherche des œuvres qui correspondent au personnage, à l'époque et à la palette de couleurs du film. Cela peut impliquer de contacter directement des galeries, des ateliers ou des peintres à titre individuel. Le cahier des charges porte rarement sur une seule image célèbre ; il s'agit plutôt de trouver le ton juste et des œuvres qui s'intégreront naturellement dans une pièce.

Accord et autorisations

Une fois une œuvre sélectionnée, la production s'occupe d'obtenir les droits nécessaires à sa diffusion à l'écran. Les tableaux font l'objet de prêts ou de licences, et les formalités administratives portent sur la durée d'utilisation, l'assurance, le transport et les conditions de mention du nom de l'auteur. C'est cette étape d'autorisation qui distingue une véritable œuvre intégrée à un film d'une reproduction non autorisée, et c'est là que se définit la relation entre un peintre et une production.

Manipulation, mise en place et prise de vue

Sur le plateau, l'œuvre est traitée comme un objet précieux : elle est transportée avec soin, accrochée par l'équipe, mise en lumière en fonction de la scène, puis remise à sa place une fois le tournage terminé. Le peintre n'est généralement pas présent lors du tournage proprement dit, même si son implication peut être plus importante lorsque le film traite de la peinture.

Un exemple concret : « La Vie d'Adèle »

Pour le film de Kechiche, il ne s’agissait pas simplement de décorer un mur. L’histoire met en scène une jeune femme entraînée dans la vie d’un peintre, et la production avait besoin d’œuvres capables de rendre cet univers de manière convaincante. Deux tableaux d’Adé Bernard ont été utilisés : « Trio rouge et bleu » et une tête bleue issue de sa série en cours « Heads ».

Son implication ne s’est pas limitée au prêt de toiles. Adé Bernard a joué le rôle de conseiller artistique auprès de Léa Seydoux, l’une des deux actrices principales du film, et lui a appris à travailler au fusain afin que ses gestes de dessin à l’écran donnent l’impression qu’elle peint véritablement. C’est là que réside la dimension la plus profonde de l’intégration de l’art au cinéma : il ne s’agit pas seulement de l’objet cadré, mais aussi du savoir-faire qui se cache derrière les mains du personnage. C’est l’une des raisons pour lesquelles les scènes de peinture résistent à un examen minutieux.

Ce que cela exige d'un peintre

Prêter une œuvre à une production est une décision, pas une aubaine. Un peintre doit évaluer la manière dont l’œuvre sera présentée, se demander si le contexte lui convient et réfléchir à ce qu’il adviendra de l’œuvre par la suite. Dans ce cas précis, l’adéquation était réelle : un film qui aborde sérieusement la peinture, utilisant des tableaux réalisés par quelqu’un qui y a consacré toute sa vie professionnelle. Le compte-rendu complet du film et des œuvres concernées en expose les détails.

Quelles en sont les conséquences pour la suite des travaux ?

Un tableau qui a figuré dans un film marquant apporte quelque chose avec lui lorsqu’il revient dans l’atelier. Cela tient en partie à des faits avérés : l’œuvre possède désormais une histoire à l’écran, un moment documenté dans une œuvre cinématographique célèbre. Mais une autre question, tout aussi importante, se pose : que signifie cette histoire pour un collectionneur, comment doit-elle être décrite, et comment s'inscrit-elle aux côtés de la provenance habituelle d'une œuvre ? Il s'agit là d'un sujet à part entière, que nous avons traité en détail dans un guide consacré à la provenance cinématographique et à sa signification pour un collectionneur, plutôt que de le répéter ici.

En résumé, le fait d'apparaître dans un film fait bel et bien partie intégrante de l'histoire d'une œuvre, mais ne remplace pas sa qualité. Un tableau n'est pas meilleur parce qu'une caméra l'a un jour cadré. Il est, tout au plus, mieux documenté.

Foire aux questions

Pourquoi les réalisateurs utilisent-ils de véritables tableaux plutôt que des accessoires ?

La peinture et le fusain authentiques captent la lumière d'une manière que les reproductions ne peuvent égaler, et une œuvre originale confère de la crédibilité à l'univers d'un personnage. Lorsqu'un film traite de la peinture, les toiles imaginaires risquent de paraître artificielles ; c'est pourquoi un réalisateur s'appuiera souvent sur des œuvres réelles.

Comment un tableau se retrouve-t-il réellement dans un film ?

Par l'intermédiaire du département artistique. Un chef décorateur ou un décorateur de plateau sélectionne les œuvres qui correspondent à la scène ; la production se charge d'obtenir un prêt ou une licence, ainsi que de l'assurance et du transport ; enfin, l'équipe technique s'occupe de la manutention, de l'accrochage et de l'éclairage de l'œuvre pour le tournage.

Quel était le rôle d'Adé Bernard dans *La Vie d'Adèle* ?

Deux de ses tableaux, « Trio rouge et bleu » et une tête bleue issue de sa série « Heads », apparaissent dans le film. Elle a également conseillé Léa Seydoux et lui a appris à dessiner au fusain afin que les scènes de dessin paraissent authentiques.

Le fait d'apparaître dans un film augmente-t-il la valeur d'un tableau ?

Cela apporte une trace historique documentée plutôt qu'une qualité intrinsèque. L'importance de la provenance à l'écran pour une œuvre, ainsi que la manière dont elle doit être décrite à un collectionneur, sont abordées dans notre guide consacré à la provenance à l'écran.

Pour découvrir les tableaux apparus à l'écran et lire l'article complet, rendez-vous sur la page consacrée au film ou parcourez les œuvres. Les œuvres sont disponibles directement auprès de l'atelier de Lille, sur rendez-vous.

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