Journal de l'atelier
Pourquoi la peinture figurative fait son grand retour – et quelle place y occupent les peintres français ?
Le renouveau de la peinture figurative contemporaine, son courant français, et la place qu’y occupe un peintre figuratif aux multiples facettes comme Adé Bernard.
Pendant la majeure partie de la fin du XXe siècle, la figuration a été considérée comme un sujet clos. La forme humaine reconnaissable avait été écartée, du moins dans les milieux qui dictaient les règles, et les peintres qui continuaient à s'inspirer du corps le faisaient discrètement. Cela a changé. Au cours des quinze dernières années, la figure est revenue au cœur de la peinture contemporaine, et ce dans des conditions différentes de celles d'autrefois.
Il ne s’agit pas d’un retour nostalgique. Le regain d’intérêt pour la peinture figurative contemporaine tient moins à la ressemblance qu’à la présence : la façon dont un visage captive le regard, dont la peinture véhicule des émotions, dont un corps représenté sur une surface continue d’avoir un sens alors qu’une grande partie de ce que nous regardons se trouve désormais sur un écran. Vu depuis l’atelier de Lille, ce changement ressemble moins à une tendance qu’à une rectification.
Qu'est-ce qui revient réellement ?
Le terme « figuration » recouvre un vaste champ, et le renouveau actuel en exploite la majeure partie. Certains peintres s’approchent du portrait. D’autres construisent la figure à partir d’une peinture qui s’apparente à de l’abstraction jusqu’au dernier instant, où une tête ou une épaule se dessine. Ce que ces approches ont en commun, c’est le refus de considérer l’image comme purement décorative. La figure a un rôle à jouer.
Trois facteurs sont à l'origine de ce changement :
- Une lassitude face au purement conceptuel, et le désir d'une peinture qui récompense un regard attentif plutôt qu'une simple légende sur le mur.
- Une génération de collectionneurs et de conservateurs qui n'ont jamais accepté que la figuration fût révolue, et qui ont continué à l'acquérir et à l'exposer.
- L'écran lui-même, qui a donné à l'image physique, créée à la main, un caractère rare plutôt qu'ordinaire.
La figuration n'est pas le contraire de l'abstraction
L'argument traditionnel opposait la figuration à l'abstraction, comme si un peintre devait faire un choix entre les deux. Dans la pratique, ces deux approches se sont toujours soutenues mutuellement. Une figure convaincante se construit à partir de choix abstraits concernant la masse, les contours et les intervalles. Ce renouveau a remis cela en évidence et a ouvert la voie à des peintres dont l'œuvre se situe à la croisée de ces deux approches.
Le fil de discussion français
La France entretient une relation ancienne et ininterrompue avec la figure peinte, et cette continuité revêt aujourd’hui toute son importance. Cette lignée s’étend des grands peintres d’histoire à l’insistance de Courbet sur le réel, en passant par l’intimité de Bonnard et de Vuillard, pour se prolonger jusqu’à la figuration brute des années d’après-guerre. Même au plus fort de la domination de l’abstraction, les ateliers français ont continué à mettre le corps à l’honneur.
Ce qui caractérise la tradition française, c’est une certaine retenue. On y privilégie une peinture qui garde une part de mystère, qui laisse la surface s’exprimer plutôt que le sujet. Cela se voit dans les tons sobres, dans la confiance accordée au fusain et au dessin comme colonne vertébrale de l’œuvre, dans la volonté de laisser un visage partiellement inachevé. Ce tempérament explique en partie pourquoi les peintres français se sont adaptés si naturellement à l’air du temps, qui privilégie la suggestion au spectacle.
L'endroit où s'installe un peintre figuratif qui travaille par couches
Adé Bernard travaille à Lille, dans la région Hauts-de-France, et sa pratique est un exemple évident de figuration construite à partir de matériaux abstraits. Elle utilise le collage, le fusain, l’huile et les pigments, superposant et grattant jusqu’à ce qu’une tête, une silhouette ou un paysage émerge de cette accumulation. L’image se révèle d’elle-même plutôt que d’être dessinée sur une surface vierge. Des œuvres telles que « Trio rouge et bleu », « Couple » et « Bouddha » naissent de la matière pour se transformer en présence.
Elle décrit cet objectif avec ses propres mots : toute son œuvre est une quête du sujet originel, celui qui se dessine à travers des points de vue convergeant vers un prisme unique. C'est là une description précise de la figuration en couches. Le sujet n'est pas inventé dès le départ. Il est mis au jour, peu à peu, à partir de ce que la peinture a pu devenir.
Un positionnement honnête au cœur de la tendance
Il serait facile d’exagérer et d’affirmer qu’elle est à la tête de ce renouveau. Il serait plus juste de dire que sa pratique, développée sur près de quarante ans à partir de 1986, s’inscrit naturellement dans ce courant et le précède. Elle créait déjà des figures à partir d’un fond abstrait bien avant que le marché ne redécouvre son intérêt pour cette tendance. Ses dessins et ses œuvres au fusain rendent cette méthode visible, tandis que ses peintures montrent où elle mène. Son parcours plus large et ses expositions, notamment au Salon d’Automne et au Musée métropolitain d’art de Tokyo en 2022, la placent parmi les peintres qui sont restés fidèles à la figure humaine pendant toutes ces années où cela n’était pas à la mode.
Ce que ce regain d'intérêt exige d'un collectionneur
Pour quiconque se constitue une collection aujourd’hui, le retour de la figuration est à la fois une opportunité et un défi. L’opportunité est évidente : on voit actuellement naître une multitude d’œuvres figuratives de grande qualité. Le défi réside dans la capacité à faire la part des choses, car tout renouveau attire son lot d’imitations. La question pertinente n’est pas de savoir si un tableau semble figuratif, mais si la figure a été méritée. A-t-elle été construite, travaillée, aboutie ? Ou a-t-elle simplement été illustrée parce que les visages font vendre ?
- Recherchez des surfaces qui reflètent des choix, et pas seulement une finition.
- Je préfère les œuvres où l'abstraction et la figuration sont en véritable tension.
- Préférez les peintres ayant une longue expérience à ceux qui adoptent un style à la mode.
Foire aux questions
Pourquoi la peinture figurative connaît-elle un regain de popularité ?
Après des décennies où l'art conceptuel et abstrait a fait la loi, le public et les collectionneurs se sont tournés à nouveau vers une peinture qui invite à un regard lent et physique. L'écran a rendu l'image réalisée à la main plus rare, et la figure reste le moyen le plus direct pour un tableau de captiver le spectateur.
La peinture figurative est-elle le contraire de l'abstraction ?
Non. Une figure convaincante se construit à partir de choix abstraits concernant la masse, les contours et la couleur. La plupart des œuvres actuelles les plus marquantes, y compris celles d’Adé Bernard, se situent dans la transition entre ces deux approches plutôt que d’en privilégier une seule.
Qu'est-ce qui caractérise la peinture figurative française ?
Une tradition de retenue : des tons sobres, une confiance dans le fusain et le dessin, et une volonté de laisser le sujet en partie en suspens pour que la surface puisse s'exprimer. Ce tempérament correspond bien à l'air du temps.
Quel rôle joue Adé Bernard dans cette renaissance ?
Elle construit des figures à partir de matériaux abstraits, en utilisant le collage, le fusain, l'huile et les pigments, et ce depuis près de quarante ans. Sa pratique est antérieure à la tendance actuelle et s'inscrit en toute sincérité dans celle-ci, sans pour autant la dicter.
Si vous souhaitez découvrir comment un personnage est modelé plutôt que dessiné, parcourez les œuvres ou renseignez-vous davantage sur le parcours de l'atelier. Les tableaux sont disponibles directement à l'atelier de Lille sur rendez-vous ; n'hésitez pas à nous contacter.