Journal de l'atelier

Qu'est-ce que le fusain dans les beaux-arts ? Guide du fusain à l'intention des peintres

Le fusain est un support artistique à part entière. Guide destiné aux peintres pour comprendre une œuvre au fusain et découvrir pourquoi une bonne œuvre de ce type résiste au temps.

Le fusain est souvent considéré à tort comme un simple exercice préparatoire : ce bâton noir que l'étudiant utilise pour esquisser une pose avant de se lancer dans le travail proprement dit à la peinture. Cette idée reçue est ancienne et erronée. Le fusain, ou « charcoal » en anglais, est un support à part entière doté d'une longue histoire, capable de rendre un sujet avec autant de précision que la peinture à l'huile.

Dans mon atelier de Lille, je travaille le fusain parallèlement au collage, à la peinture à l’huile et aux pigments bruts, et je le considère rarement comme une étape vers autre chose. Le plus souvent, c’est une fin en soi : une tête, une silhouette, une masse noire qui a du poids et qui respire. Ce guide explique ce qu’est le fusain en tant qu’art, comment interpréter une œuvre au fusain lorsque l’on se tient devant elle, et pourquoi une bonne œuvre résiste à l’épreuve du temps.

Qu'est-ce que le fusain, au juste ?

Le fusain est du bois carbonisé, généralement du saule ou de la vigne, réduit presque entièrement en carbone. Sous sa forme la plus tendre, il se présente sous l’aspect de bâtonnets fragiles qui s’effritent sous la pression et laissent une trace veloutée, d’un noir bleuté. Le fusain compressé, lié avec un peu de gomme, donne un noir plus dense et plus durable qui résiste aux bavures. Entre ces deux extrêmes, le peintre trouve une immense gamme de gris, allant d’un soupçon de brume grise à une teinte proche du goudron.

Ce qui importe, c'est que le pigment soit du carbone pur. Le carbone ne se décolore pas. Le même matériau qui a permis de représenter des animaux sur les parois des grottes il y a des dizaines de milliers d'années est encore lisible aujourd'hui, ce qui en dit long sur la façon dont une œuvre au fusain peut résister au temps lorsqu'elle est bien entretenue.

Pourquoi cela a été considéré comme une étape préparatoire – et pourquoi cela a changé

Pendant des siècles, le fusain a été le matériau de prédilection du dessin préparatoire : l'esquisse quadrillée en vue d'un transfert, l'étude rapide réalisée puis jetée. Comme il était bon marché, indulgent et effaçable, il a fini par être associé à la notion d'ébauche. Cette association s'est maintenue longtemps après que les artistes eurent commencé à réaliser des œuvres au fusain destinées à être considérées comme des œuvres à part entière.

Ce tournant, lorsqu'il s'est produit, a été moins une révolution technique qu'un changement d'intention. Un dessin devient une œuvre achevée dès l'instant où l'artiste cesse de considérer la surface comme provisoire et commence à la construire — en l'assombrissant, en l'éclaircissant, en superposant les couches — jusqu'à ce que l'image soit définie plutôt que simplement esquissée. Il n'était pas nécessaire de changer de support. C'est le regard que l'on portait sur celui-ci qui a dû changer.

Comment interpréter une œuvre au fusain

Lorsque l'on se trouve face à une peinture au fusain, il est utile de prendre le temps de s'arrêter et de prêter attention à certains détails précis.

  • La profondeur du noir. C'est dans les passages les plus sombres que l'artiste s'est le plus investi. Un noir convaincant est rarement uniforme ; il présente de légères variations qui lui confèrent de la vie, plutôt que de le rendre terne.
  • La lumière mise en valeur. Au fusain, on enlève souvent la lumière plutôt qu’on ne l’ajoute : on la fait ressortir du noir à l’aide d’une gomme malléable, d’un chiffon ou d’un doigt. C’est dans ces reflets ainsi mis en valeur que le dessin prend vie.
  • Le contour. Observez où une forme est nette et où elle s'estompe. Une figure aux contours bien définis à un endroit et flous à un autre présente un intérêt supérieur à une figure entièrement définie.
  • Le fond. Le fusain sur papier blanc ne produit pas le même effet que le fusain appliqué sur une surface teintée ou collée. Le support fait partie intégrante de l'œuvre.

Le fusain dans ma pratique personnelle

Mes œuvres au fusain et mes têtes peintes partagent le même instinct : je suis toujours à la recherche d’un sujet plus ancien, qui se révèle à travers des points de vue convergeant vers un prisme unique. Le fusain se prête bien à cette quête, car il permet de construire et de déconstruire à l’infini. J’assombris une tête jusqu’à ce qu’elle soit presque enfouie, puis je la ramène à la lumière, et quelque part dans cet échange, un visage émerge avant de se dissoudre à nouveau à demi dans la matière.

La série « Heads » – « Portrait blanc », « Portrait rouge », « Bouddha » – est directement issue de cette manière de travailler. C’est également la technique que j’ai enseignée à l’actrice Léa Seydoux lorsque j’ai été conseiller artistique sur le film « La Vie d’Adèle » d’Abdellatif Kechiche, afin que ses gestes devant le chevalet aient toute l’authenticité du réel.

Pourquoi une peinture au fusain résiste au temps

Le pigment utilisé étant du carbone inerte, les principales menaces qui pèsent sur une œuvre au fusain sont d’ordre physique plutôt que chimique : l’abrasion, les bavures et la poussière. Une peinture au fusain de bonne facture, correctement fixée et encadrée sous verre, est remarquablement stable. Les musées conservent des dessins au fusain vieux de plusieurs siècles qui restent d’une grande netteté. La fragilité de ce support est un problème de manipulation, et non de longévité — et cette manipulation est facile à maîtriser une fois que l’on sait comment s’y prendre.

Foire aux questions

Le fusain est-il un support permanent ?

Oui. Le fusain est composé presque exclusivement de carbone, qui ne s'altère pas et ne change pas de couleur avec le temps. Sa fragilité est d'ordre mécanique – les pigments, qui ne sont pas fixés, peuvent être perturbés – c'est pourquoi une œuvre au fusain achevée est fixée et encadrée sous verre afin de protéger sa surface.

Quelle est la différence entre le charbon de bois et le fusain ?

C'est la même chose. « Fusain » est simplement le terme français désignant le fusain d'artiste ; en anglais, ce mot est souvent utilisé pour désigner le fusain utilisé dans les beaux-arts, par opposition à l'usage courant du terme.

Une œuvre au fusain a-t-elle moins de valeur qu'une peinture à l'huile ?

Pas nécessairement. La valeur dépend de la qualité de l'œuvre, de son ampleur et de son ambition, ainsi que de la place qu'elle occupe dans l'œuvre globale de l'artiste, et non du prix du matériau. Un dessin au fusain abouti est une œuvre achevée, et non une étude.

Le fusain peut-il être associé à d'autres techniques ?

Tout à fait. Dans mes propres tableaux, le fusain côtoie le collage, la peinture à l'huile et les pigments bruts, chaque couche faisant écho à la précédente. C'est en partie grâce à cette combinaison que les surfaces acquièrent de la profondeur.

Si vous souhaitez découvrir par vous-même comment le fusain prend vie, cette collection est le point de départ idéal ; n'hésitez pas à écrire à l'atelier pour organiser une visite à Lille.

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