Guide du collectionneur
Comment entretenir chez soi une peinture au fusain et des œuvres sur papier
Conservation pratique des œuvres au fusain et sur papier : fixateur, encadrement, vitrage, lumière, humidité et manipulation, pour que votre œuvre reste telle qu’elle a quitté l’atelier.
Une peinture au fusain ou une œuvre sur papier est plus résistante que ne le laisse supposer sa réputation, et plus exigeante quant aux soins qu’elle requiert. Le pigment lui-même reste stable pendant des siècles ; ce sont la surface et le papier qui la sous-tendent qu’il faut préserver. Il suffit de respecter quelques règles – encadrement, éclairage, humidité et manipulation – pour qu’une œuvre conserve, pour le reste de votre vie et bien au-delà, l’aspect qu’elle avait le jour où elle a quitté l’atelier.
Ce guide s'adresse aux collectionneurs qui achètent directement et souhaitent entretenir eux-mêmes leurs pièces. Rien de tout cela n'est compliqué. Il s'agit surtout de savoir ce qu'il faut éviter.
Le fixateur : ce qu'il fait et ce qu'il ne peut pas faire
Le fusain reste à la surface sous forme de pigment libre ; on utilise donc un fixateur pour le fixer et limiter les bavures. Lorsqu’une œuvre quitte mon atelier, elle est déjà fixée autant que le permet l’image, et vous devez la considérer comme achevée. La fixation relève du jugement de l’artiste, car un excès de fixateur atténue les noirs et peut légèrement réchauffer les tons.
Voici un conseil pratique pour les collectionneurs : n’appliquez pas vous-même de fixateur sur une œuvre achevée. Cela n’est pas nécessaire, cela peut altérer la surface et ce traitement n’est pas réversible. Si vous avez un réel souci concernant une surface qui s’effrite, adressez-vous à l’atelier ou à un restaurateur de papier plutôt que de recourir à une bombe aérosol.
Châssis et vitrage
L'encadrement permet de préserver une œuvre sur papier à long terme. Quelques principes suffisent pour couvrir l'essentiel.
- Mettez-le sous verre. Les dessins au fusain et les œuvres sur papier doivent toujours être encadrés derrière du verre ou de l'acrylique afin de protéger leur surface du contact, de la poussière et des impuretés en suspension dans l'air.
- Veillez à ce que la surface ne soit pas en contact avec le vitrage. Utilisez un support pour fenêtre ou une entretoise afin que le vitrage ne touche jamais le fusain. Tout contact risquerait de faire décoller les pigments et de retenir l'humidité.
- Choisissez des matériaux sans acide. Les supports, les renforts et le ruban adhésif en contact avec l'œuvre doivent être sans acide et réversibles. Le carton ordinaire et le ruban adhésif ordinaire risquent, à la longue, de tacher et de fragiliser le papier.
- Envisagez l'utilisation de vitrages anti-UV. Le verre ou l'acrylique anti-UV ralentit la dégradation du papier et des pigments par la lumière, notamment ceux qui sont plus sensibles à la lumière que le carbone.
Le verre acrylique est plus léger et plus sûr si une œuvre doit être transportée ou accrochée à un endroit où elle risque d'être heurtée, mais il accumule de l'électricité statique ; il n'est donc pas adapté à une surface de fusain ou de pastel mal fixée, car l'électricité statique peut décoller les pigments du papier. Pour la plupart des œuvres au fusain encadrées, le verre est le choix le plus sûr.
Lumière
Le noir de carbone ne se décolore pas, ce qui est l'un des atouts discrets du fusain. Le papier, en revanche, réagit à la lumière — il peut jaunir ou devenir cassant — et les pigments colorés ou les papiers collés présents dans une œuvre réalisée en techniques mixtes peuvent s'avérer plus sensibles que le fusain lui-même.
Accrochez l'œuvre à l'abri de la lumière directe du soleil. Évitez les murs exposés pendant des heures à un ensoleillement intense et méfiez-vous des projecteurs puissants dirigés trop près de la surface. Une lumière modérée et indirecte est idéale ; c'est d'ailleurs la façon la plus flatteuse de mettre en valeur une surface à plusieurs couches.
Humidité et environnement
Le papier est hygroscopique : il absorbe et restitue l'humidité ambiante. Le véritable ennemi n'est pas tant un taux d'humidité particulier que les fluctuations entre des extrêmes, qui provoquent la dilatation et la contraction du papier et peuvent entraîner son gondolage. L'humidité constitue le risque le plus grave, car elle favorise l'apparition de taches brunes appelées « rousseurs » et, à terme, la formation de moisissures.
- Privilégiez un environnement stable et tempéré, et évitez de l'accrocher au-dessus d'un radiateur, près d'une cuisine ou d'une salle de bains, ou sur un mur extérieur froid susceptible de provoquer de la condensation.
- Un cadre hermétique doté d'un panneau de fond de bonne qualité protège l'œuvre contre les variations de température à court terme dans la pièce.
- Si vous conservez une œuvre non encadrée, veillez à la garder à plat, intercalée de papier de soie sans acide, dans un endroit sec et à l'abri de la lumière.
Manutention et transport
La plupart des dommages causés aux œuvres sur papier surviennent entre les mains, et non une fois accrochées au mur. Manipulez un cadre en le tenant par les bords. Si une œuvre n’est pas encadrée, soutenez-la par le dessous à l’aide d’un carton rigide plutôt que de la laisser se déformer, et ne touchez jamais la surface d’un dessin au fusain : le sébum de la peau laisse des traces et un simple effleurement de la main peut le maculer.
Pour le transport, veillez à maintenir l'œuvre à plat ou à la verticale, en la maintenant bien rigide ; ne l'enroulez jamais et protégez les coins du châssis. Si vous venez chercher une œuvre à l'atelier de Lille, je m'assurerai qu'elle soit emballée de manière à voyager en toute sécurité, et je serai toujours ravie de vous donner des conseils sur son accrochage et son entretien une fois qu'elle sera accrochée à votre mur.
Foire aux questions
Faut-il, au fil du temps, réappliquer du fixatif sur une œuvre au fusain ?
Non. Une œuvre achevée est correctement fixée avant de quitter l'atelier, et l'encadrement sous verre protège la surface à partir de ce moment-là. Appliquer soi-même une couche supplémentaire de fixatif risque d'atténuer les noirs et ce processus n'est pas réversible.
Puis-je accrocher une peinture au fusain dans une salle de bains ou une cuisine ?
Il vaut mieux éviter ces pièces. Elles présentent toutes deux un taux d'humidité élevé et variable, ce qui constitue le principal risque à long terme pour le papier. Préférez plutôt une pièce au climat stable et tempéré.
Vitrage en verre ou en acrylique : lequel choisir ?
Pour la plupart des œuvres au fusain encadrées, le verre est plus sûr, car l’acrylique est chargé d’électricité statique, ce qui peut faire se détacher les pigments non fixés. L’acrylique n’est préférable que lorsque le poids ou le risque de casse constituent un réel problème, par exemple pour une œuvre destinée à être transportée. Les versions avec protection anti-UV, qu’il s’agisse de verre ou d’acrylique, valent bien le léger surcoût qu’elles représentent.
Une œuvre sur papier constitue-t-elle un investissement fragile à long terme ?
Non. Le fusain est, par nature, un matériau durable, et un papier correctement monté sur carton, encadré et accroché pourra traverser les générations. Les musées conservent des œuvres sur papier vieilles de plusieurs siècles. L'entretien est simple : il s'agit avant tout d'opter pour un encadrement adapté et de choisir un mur stable.
Si vous possédez une œuvre ou envisagez d'en acquérir une et que vous souhaitez obtenir des conseils personnalisés à ce sujet, n'hésitez pas à écrire au studio. Vous pouvez également découvrir la collection ou en savoir plus sur le studio, son parcours et son histoire.